La CFTC du CNES s'exprime sur la politique spatiale actuelle

Publié le 11/09/2026


A l’occasion du Sommet spatial international, la CFTC est partie prenante de l’intersyndicale qui a appelé à manifester le 10 septembre à Paris.

La CFTC, à travers cette communication, veut porter à la connaissance des salariés du CNES, une information qui, si elle est avérée, pourrait mettre en péril « la souveraineté d’accès à l’espace de la France ».

Le sommet spatial international qui se déroule aujourd’hui et demain est considéré par la CFTC, d’une part, comme une provocation de nos dirigeants, en effet les 10 millions d’euros dépensés pour son organisation sont un camouflet aux équipes du CNES qui pallient difficilement la baisse de 100 millions d’euros de notre budget annuel et d’autre part comme un rideau de fumée qui dissimule difficilement le bilan spatial du locataire de l’Elysée.

Les décisions, on peut même parler de lubies, de nos tutelles, ont fragilisé l’ensemble des acteurs du spatial français, les grands industriels, grands laissés pour compte des financements de France 2030 et le CNES relégué au rôle de petite main de la DGE. La start-up nation a préféré arroser le désert pour y faire pousser des licornes au détriment de ceux qui avait fait de ce secteur un fleuron français. Le bilan pour le moins discutable de notre Président de la République aurait mérité au moins une discrétion élégante, car de tous ceux qui ont failli les plus agréables sont ceux qui baissent la tête. Visiblement le Palais de l’Elysée n’a pas la même vision de son bilan et il fallait qu’il le fasse savoir au monde entier.  Plus de 10.000 invitations envoyées, mais seulement 2000 réponses positives (soit 5000€ dépensés par invité), le Grand Rex aurait suffi et le Grand Palais sera bien dégarni. Voilà pour le contexte de ce sommet et sur le fond quelques indiscrétions nous sont déjà parvenues :

Bien entendu, l’annonce du prochain vol de l’ami Pesquet (qui est co-organisateur du sommet, il n’y a pas de hasard dans la vie) et de son comparse Arnaud Prost, "vol" est sans doute le bon terme car ses deux voyages vont coûter aux contribuables entre 50 et 70 millions d’euros (c’est par exemple le prix d’un Canadair). Petit rappel, ces 70 millions ont été subventionnés par France 2030, le plan de relance à destination du tissu industriel spatial français, or l’argent va arriver dans les poches d’une société américaine qui va ensuite redistribuer celui-ci à SpaceX.

La deuxième information que le Président souhaiterait claironner (soyons prudents) au sommet serait (soyons toujours prudents) le rapprochement entre Amazon et ArianeGroup. Jeff Bezos connait quelques soucis avec ses lanceurs New Glenn, ce qui retarde le déploiement de sa constellation Amazon X ; son idée serait de rentrer au capital de la société européenne avec pour objectif d’augmenter sa cadence de production afin de déployer plus vite sa constellation de satellite de télécoms. Le patron d’Amazon a mandaté pour l’occasion son meilleur VRP en la personne de Stéphane Israël, l’ancien patron d’Arianespace aujourd’hui chez Amazon Web Service.

La CFTC s’inquiète de ce rapprochement possible entre ArianeGroup, qui garantit aujourd’hui à la France la souveraineté d’accès à l’Espace , et ce géant américain.  L’arrivée de capitaux américains ne risque-t-il pas de réserver la quasi-totalité des lancements à la mise à poste des satellites d’Amazon X ? Les satellites scientifiques et militaires des membres de l’ESA auront-ils encore dans ces conditions des lanceurs disponibles ?

L’ESA (et à travers elle surtout la France) va-t-elle continuer à subventionner ArianeGroup à hauteur de 180 millions d’euros par an  pour que cette société lance très majoritairement des satellites de télécom Amazon X ? Si c’est le cas, nous pérenniserons une subvention française à Amazon X, alors que cette constellation est un concurrent direct à la constellation de télécoms européenne Iris 2, ce serait pour le moins paradoxal. 

Entre l’argent donné Space X pour les vols habités, et la possible entrée au capital d’AG d’Amazon, on peut dire que l’Etat français est mécène du Newspace … américain

Espérons que le coq décide de ne pas chanter ce dernier couplet, sinon ce chant sera plus proche du chant du cygne pour le spatial français que celui d’un gallinacé annonçant une aube radieuse.

 

Centre Spatial Guyanais :  Raymond Boyce, Sandra Nowak

 Centre Spatial de Toulouse :   Louiza Abchiche, Rebecca Tunini

 Paris Daumesnil : Isabelle Darboux

  Paris Les Halles :  Jean Gabriel Parly