« Nous nous doutions que quelque chose se préparait, mais pas un plan de cette ampleur-là car ce n’était jamais arrivé chez Somfy ». Mickaël Bigey, délégué syndical CFTC et élu au CSE, décrit l’onde de choc produite le 30 janvier dernier par l’annonce d’un plan social d’envergure chez Somfy : il s’agit d’un énorme projet de restructuration qui pourrait entraîner jusqu’à 534 licenciements, soit près de 20% des effectifs en France, ainsi que la fermeture de plusieurs sites en France.
Somfy est le leader mondial de l’automatisation des ouvertures et des fermetures de la maison et du bâtiment, spécialisé dans la domotique, autrement dit la maison connectée. En Haute-Savoie, il est le plus gros employeur privé du département. Il emploie environ 6500 personnes dans le monde, dont près de 2800 en France. Et il a dégagé 1,5 milliard d’euros de chiffre d’affaires en 2024.
« En tout 5 sites sont touchés en France, dont 3 à Cluses, 1 à Bonneville et 1 à Annecy (Haute-Savoie). Par ailleurs 3 sites vont fermer dans le sud de la France : à Castres (Tarn), Labège (Haute-Garonne) et Bidart (Pyrénées-Atlantiques). Une agence à Lyon serait peut-être également concernée »
Défense de l’emploi avant tout
Pour Mickaël Bigey, même si le groupe est touché par la crise actuelle du bâtiment, qui nécessite effectivement une réorganisation interne, « l’entreprise est en très bonne santé financière. Ce PSE est donc beaucoup trop démesuré par rapport à la situation ». Et l’analyse des syndicats (CFTC, CFE/CGC et CFDT, tous en bonne entente) est unanime : le projet présenté n’a rien d’un plan de sauvegarde de l’emploi, mais s’apparente plutôt à un « plan de sauvegarde de la rentabilité de l’actionnaire ».
Pour la CFTC, c’est l’emploi qui demeure le point le plus important : s’il fallait repositionner les personnes licenciées sur d’autres entreprises aux alentours, avec l’aide d’un cabinet pour les accompagner, ce sera difficile selon elle car la « typologie des métiers » chez Somfy est plutôt rare dans les bassins d’emploi concernés.
La CFTC craint également que les activités de recherche et développement, jusqu’à présent préservées, subissent des délocalisations qui vont fragiliser fortement la présence industrielle de Somfy en France. Et au-delà des suppressions de postes, les conséquences de ce plan pèseront sur l’ensemble des salariés, avec en particulier les modifications de contrats, de métiers, ou encore des conditions de travail : « c’est l’ensemble de l’organisation qui serait bouleversée ».
Le directeur général de Somfy a déclaré au quotidien Le Dauphiné : « Nous ne toucherons pas à l’emploi industriel. Les usines, la logistique et la population ouvrière ne sont pas concernées. Le projet vise les cadres et les employés »*. Cette déclaration ne convainc pas Mickaël Bigey : « même si le personnel de production n’est pas directement impacté par cette restructuration, que va-t-il devenir dans un avenir proche, avec la délocalisation en Chine et l’usine au Portugal ? Pour nous, le personnel ouvrier n’a pas un avenir sûr et certain chez Somfy ».
La CFTC sera très vigilante concernant les mesures d’accompagnement. Pour l’heure, elles sont « insuffisantes et ne reflètent pas les capacités financières du groupe ». Les représentants des salariés exigent donc des négociations « à la hauteur des enjeux humains et économiques ».
En attendant la négociation prochaine d’un accord de méthode, puis la négociation du PSE dans les délais légaux de quatre mois, la CFTC (qui représente 45% des voix chez Somfy), travaille en intersyndicale pour élaborer notamment une stratégie commune. Tout un travail de communication interne et externe se met en place « avec une feuille de route syndicale structurée ».
Pour en savoir plus, lire ci-dessous le communiqué de presse des représentants du personnel Somfy.
*Source : Le Moniteur, 30 janvier 2026.
Illustration : le Centre de Recherche et Développement à Cluses
2026-02-03 - Communication EXTERNE PSE Somfy post R1 du 4 février 2026

