Après la liquidation judiciaire prononcée le 11 décembre dernier, les candidats à la reprise des marques appartenant à Brandt ainsi que des bâtiments ont eu jusqu’au 29 janvier pour faire connaître leur offre (lire l’article ci-dessous sur les offres).
Entre-temps, 621 salariés ont été licenciés. Une manifestation de soutien a été organisée le samedi 25 janvier à Saint-Jean-de-la-Ruelle, près d’Orléans, où se trouvait la plus grosse usine. La CFTC a appelé à la mobilisation pour soutenir les 350 salariés de cette usine et inviter l’Etat et les pouvoirs publics à ne pas laisser tomber ces marque françaises emblématiques du secteur électroménager (Brandt, Sauter, De Dietrich, Vedette). Toute la délégation CFTC était présente. Une mobilisation a eu lieu lieu le même jour sur le site de Vendôme, dans le Loir-et-Cher.
Des salariés « protégés » dans la précarité
Par ailleurs, la situation des 61 salariés protégés de l’entreprise, en poste dans les différents sites Brandt, est une difficulté supplémentaire très préoccupante. Contrairement aux autres salariés licenciés, ils sont actuellement sans ressources. En effet, comme l’a souligné un député du Loiret dans une question au gouvernement publiée au Journal Officiel le 27 janvier, leur situation est particulière : « Tant que l’autorisation administrative de licenciement n’est pas délivrée (par l’Inspection du travail), la prise en charge par l’Association pour la gestion du régime de garantie des créances des salariés (AGS) et par France Travail ne peut être effective. Cette situation place les salariés concernés dans une grande précarité financière et compromet leur capacité à subvenir à leurs besoins quotidiens dans l’attente de la fin de l’instruction de la procédure de licenciement. »
Pour Cyril Aubert, DSC de Brandt, « les salariés soit-disant protégés ne sont en réalité pas protégés du tout, et certains se retrouvent dans des situations humaines désastreuses. Aucune aide n’est prévue pour eux dans le cadre d’une liquidation judiciaire, en attendant que la procédure qui les concerne soit terminée. Il faudrait que la loi change pour que ces situations ne se reproduisent plus. D’autant plus que cela peut dissuader des salariés à se présenter à des élections ».
Or ces salariés élus sont nombreux à vouloir signer un contrat de sécurisation professionnelle (CSP) qui permet de bénéficier d’un ensemble de mesures leur permettant de retrouver au plus vite du travail.
La portabilité de la mutuelle
La CFTC mettait aussi en avant la question de la portabilité de la mutuelle. « La branche de la métallurgie n’a pas de fonds de garantie pour alimenter la portabilité de la mutuelle. Mais la loi prévoit une portabilité de 12 mois après le licenciement ». Ce vide entre la perte d’emploi et la prise en charge matérielle (couverture maladie, revenus…) inquiétait beaucoup les salariés et leurs représentants. Cette portabilité de la mutuelle est désormais acquise et ils sont maintenant rassurés.
Première rencontre avec les entreprises
Le 15 janvier, à l’initiative de la Préfecture, plus de 200 salariés de l’usine d’Orléans se sont retrouvés dans un gymnase pour une matinée de rencontre avec une vingtaine d’entreprises : elles ont chacune présenté leur activité et leurs besoins en recrutement. Une seconde session doit se dérouler en février, qui sera cette fois un véritable Job Dating avec des entretiens individuels.
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Les offres de reprises
Selon une publication du Journal Les Echos le 3 février, 36 offres ont été déposées. Mais seules 4 propositions prévoient de reprendre des salariés. « Les autres candidats ne s’intéressent qu’à certains actifs comme les marques, le stock et l’immobilier ».
Jusqu’au dernier moment, les représentants des salariés n’ont pas été informés, nous confirme la CFTC : « notre position, dit Cyril Aubert, c’est qu’il faut privilégier d’abord les offres qui reprendront le plus de salariés, qui maintiendront l’emploi et les marques en France, ainsi que les sites de production en France ».
Parmi ces 4 offres :
- Le groupe Metavisio-Thomson Computing souhaite reprendre le site près d’Orléans, et embaucher 150 salariés (sur 350) pour y fabriquer de l’électroménager et des produits électroniques. Mais il semble susciter la méfiance d’une partie du monde économique qui doute de ses capacités financières, selon le journal L’Usine nouvelle.
- La commune de Cergy-Pontoise et la Région Ile-de-France, via la société Semavo. Elle propose de reprendre les actifs de Saint-Ouen-L’Aumône pour y produire des appareils électroménagers (avec 85 emplois repris sur une centaine).
- Un consortium de plusieurs entreprises veut relancer l’activité à Cergy-Pontoise (95) tout en fabriquant dans la Somme.
Par ailleurs :
- le groupe Fnac-Darty a déposé une offre de 2,9 millions d’euros pour racheter des marques, mais aussi un stock de plus de 172.000 produits,
- Une start-up nommée EverEver est également sur les rangs pour racheter l’outillage industriel du site de Vendôme (mais pas le site et sans embauche de salariés), en vue de fabriquer des plaques de cuisson à partir de 2028.